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Pierre, bon sport ne saurait mentir

Son capeps (Certificat d’aptitude professionnel pour l’Education Physique et Sportive) en poche, il a exercé une année dans un établissement breton avant de demander sa mutation. « J’ai choisi de venir dans une zone d’éducation privilégiée et non prioritaire » insiste-t-il. Il a donc été muté au lycée Galilée de Gennevilliers, « j’ai eu beaucoup de chance de tomber ici ». Il voulait travailler non loin de Paris où il voulait habiter « pour profiter de la vie culturelle à fond ». A 28 ans, Pierre Prim est bien dans sa peau, corps et tête même combat.

L’eps il est tombé dedans naturellement. Son père (inspecteur des impôts) et sa mère (intendante de collège) ont acheté un bout de terrain dans la campagne bretonne et y ont construit leur maison. On n’allumait la télé que pour les infos. « Il fallait que je bouge ». Il se balade avec son chien, grimpe aux arbres et finit par faire beaucoup de sport. Comme son frère et sa sœur. Comme son grand père (champion d’athlétisme) mais cela il l’apprendra plus tard. Il fait des tas de sports mais d’abord du « hand », il en fera 17 ans « à haut niveau » (national) tout en poursuivant ses études à Laval, puis Rennes.

Elève au lycée il fait une rencontre décisive : Martine Bourgardier, sa prof de gym. « Elle m’a donné le goût, l’impulsion idéologique de ce que pouvait être l’eps ». Sa voix est tracée. Quand il retourne en Bretagne, il aime à passer voir celle qu’il appelle sa « mère spirituelle ».

Au lycée Galilée, Pierre Prim met en œuvre ses idées. « Je me place toujours dans la peau de l’élève : est-ce que cela me plairait ? Je travaille sur le plaisir. C’est un but, un plaisir différé qui est en relation avec l’effort. La course c’est de l’économie d’énergie, il ne faut pas s’asphyxier tout de suite. Je cours avec eux. Je leur dit de supprimer le pas d’éléphant. On est très tôt avec les élèves et on reste avec eux tout au long de la scolarité. On donne vie à un corps, c’est la clef ». C’est aussi des règles à respecter ». Par exemple il dispose des élèves de chaque côté d’un filet de volley-ball sans aucune règle. Très vite les élèves comprennent que pour qu’il y ait du jeu, il faut un minimum de règles. Il y a du Socrate chez cet homme là.

Dans sa prime jeunesse il a aussi fait des « percu », il joue du djembé. Petit il voulait être noir. Le djembé d’un côté, l’eps de l’autre et au milieu : la danse. Le prof d’eps Pierre Prim va en faire son miel. « L’idée de base c’était d’ouvrir à la danse, de faire quelque chose entre les deux disciplines. C’était nouveau, je ne maîtrisais pas trop mais il faut faire des ponts, des liens. D’une certaine façon je le faisais déjà avec le travail sur la biomécanique quand on réfléchit au centre de gravité dans la course de haie par exemple. Il y a un gros problème avec le corps, la représentation qu’on en a, comment on se meut dans l’espace ».

De là Pierre Prim passe au projet « d’articuler danse et textes de français », cette brassée de textes que les élèves de première étudient pour l’épreuve du bac. « Mon idée c’était qu’on pouvait donner sens à un texte avec le corps comme outil de communication ». Il pense faire cela seul avec ses élèves en liaison avec les profs de français, mais entre temps il a rencontré le danseur Rachid Ouramdane venu au lycée Galilée. Ils décident de faire le projet ensemble sous la houlette du théâtre2Gennevilliers. Un après midi au dojo du lycée, les élèves présenteront le résultat de ce travail, souvenir mémorable (lire Les Gens de Gennevilliers dans le programme de l’an dernier).

Quand à Rennes Pierre Prim faisait durement du hand-ball (quatre entraînement par semaine, les déplacements et les matchs), il profitait des périodes où il était blessé pour « aller dans les choses culturelles ». En revanche « les sans papiers, les réfugiés politiques, j’avais pas le temps, c’était une frustration ». Engagé ? « J’ai la sensation de faire un acte politique en enseignant. Mais c’est compliqué à vivre. Il faut agir dans l’école et en même temps ne pas approuver le système. Je préfère que les contradictions viennent de moi ».

La première fois qu’il est venu au Théâtre de Gennevilliers c’était pour accompagner des élèves avec un prof de français.

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