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<<< GENS DE GENNEVILLIERS II >>> Ossama et Brahim, grillons des Grésillons Brahim est né à Gennevilliers il y a 15 ans. Ossama à Paris il y a 14 ans, il est arrivé à Gennevilliers l’année de ses quatre ans. Tous les deux habitent le quartier des Grésillons. La vie ? « Dure dit Brahim. Il n’y a rien à faire, on fait toujours les mêmes choses, on joue aux mêmes jeux, police-voleur ». Ossama n’est pas d’accord, ou plutôt il voit les mêmes choses avec bienveillance : « C’est un bon quartier, dit-il, j’y suis bien ». C’est son quartier. Les parents d’Ossama sont au chômage, le père de Brahim est à la retraite et s’est marié avec une femme beaucoup plus jeune que lui. Brahim a un frère et trois sœurs, la dernière fait des études, la seconde est infirmière et la troisième comptable, l’une porte le voile, les autres non. Ossama ; lui, a deux petits frères. Les parents des deux viennent du Maroc. Tous sont musulmans. Ossama comme Brahim ne pratiquent pas, mais l’un et l’autre disent vouloir « s’y mettre ». Voeu pieux ? Pour eux le Maroc c’est le pays des vacances où ils vont tout l’été. Pendant l’année scolaire, ils travaillent le dimanche matin au marché. L’un vend des gâteaux, l’autre des pyjamas. Si la recette de leur patron est bonne on les paie jusqu’à 50 euros. A l’approche de l’été, cela fait une certaine somme. Là- bas, Brahim loue une moto. Ossama retrouve sa famille berbère à Agadir. « Je parle berbère avec mon père, français avec ma mère. Je parle aussi l’arabe, mais pas bien ». Chez Ossama on ne parle que le français. Plus tard ? « s’il y a toujours la crise et si cela devient dur, j’irai au bled » dit Brahim. Ce n’est pas l’avis d’Ossama : « moi je veux rester en France ». Mais en classe et entre les cours l’un comme l’autre, pour bavarder, préfèrent l’arabe. A l’école, Brahim dit qu’il ne travaille pas. Ce n’est pas qu’il ne comprend pas. « J’aime pas travailler ». Ossama n’a pas de bons résultats surtout en maths « le prof c’est l’armée, juste il parle, il transpire. » C’est Issan, un voisin de Brahim qui lui a dit qu’au théâtre il y avait des ordinateurs tout neufs. Brahim en a parlé à Ossama . « J’en ai un à la maison (installé dans la chambre de ses soeurs) mais il est lent. Au théâtre c’est plus rapide et on peut rencontrer des amis » dit Brahim. Le succès des ordinateurs mis à la disposition des gens est tel que souvent on doit limiter la durée d’utilisation car cela se bouscule au portillon. A force de séjourner dans le hall du théâtre, auprès des ordinateurs, Brahim et Ossama sont devenus familiers des lieux. Un jour les gens très accueillants de l’accueil ont proposé à Brahim d’assister à une répétition. Il n’a pas dit non. « Ca m’a plu, c’était marrant. Il y avait quelqu’un qui parlait le cambodgien je crois, il corrigeait les personnes quand c’était faux ». Ossama lui s’est retrouvé un samedi après midi à écouter la philosophe Marie-José Mondzain parler des images. A un moment le dialogue s’est concentré entre elle et Ossama. Autour d’une épidémie, d’une guerre possible entre deux pays. Ossama parla de ces choses qu’il jugeait inévitables. Mondzain développa les sens de ce mot « inévitable » puis bifurqua sur ce qui ne l’était pas. Et demanda : « est-ce qu’on peut éviter ? » Ossama répondit « oui ». |