|
<<< GENS DE GENNEVILLIERS II >>> Didier , un homme objectif Une vue de Graves, jolie presqu’île dans la rade de Lorient. La gravure accrochée au mur est trompeuse. Didier Comellec, fils de bretons, y possède bien une maison et un bateau de pêche, mais c’est un « Gennevillois d’abord ». Bien que né à Courbevoie. « Un hasard, car Madame Lamarche, la seule sage-femme de Gennevilliers, avait un cabinet à Courbevoie ». À l’époque ses parents habitaient aux Grésillons. Plus tard il s’est marié. « On a eu nos enfants au Luth, on les a élevés aux Agnettes et on va vers la retraite au Village ». On ne peut pas être plus Gennevillois. Mais c’est quoi être Gennevillois ? « Un état d’esprit particulier, les nouveaux arrivés le ressentent. Quelque chose qui vient d’une tradition de lutte, de solidarité. La seule histoire de Gennevilliers c’est notre histoire ouvrière. J’ai connu les vaches à Gennevilliers, mon père y était maraîcher. Mais nos armoiries avec Sainte Geneviève qui venait faire paître ici ses moutons, c’est de la foutaise, une histoire inventée ». Didier connaît bien l’histoire de sa ville, il sait que la dernière ferme qui était située non loin de la nouvelle mairie, s’appelait Pic et qu’elle a cessé ses activités au début des années 60. Archiviste mais absolument pas passéiste. Ce qui l’intéresse c’est de fabriquer les archives du futur, celle qui raconteront comment était Gennevilliers au début du xxie siècle : Didier Comellec est photographe. « Mon premier appareil, le maire de l’époque. Monsieur Lhuillier me l’a remis lors de la remise des prix à la fin du cm2, un Diana, 4×4, je l’ai toujours. Mais déjà j’empruntais celui de mon père, un Photax. Je faisais comme tout le monde : des photos de vacances. Ensuite j’ai eu un Alfa. Et pour mon brevet, un agrandisseur. Je développais mes photos dans la salle de bain. » Le photographe municipal de l’époque est un ami de ses parents. Il va lui donner des coups de mains. Et bientôt, lorsqu’il part en vacances, il le remplace. Ses photos paraissent dans l’hebdomadaire local « La Voix populaire ». Après le bac, Didier est reçu à l’école de Vaugirard, une école spécialisée dans la photo, une école alors privée, « mes parents n’ont pas pu payer ». Bientôt il rencontre sa future femme dans les gorges du Tarn où elle est en vacances via l’olm (Office des Loisirs Municipal) de Gennevilliers. Une Gennevilloise, forcément (son père était « un Chausson »). Quelques années plus tard, en 1975, le poste de photographe municipal se libère. Il postule. On le prend. « J’avais un Lubitel 2, une copie russe du Rolleiflex offert par mes parents ». Il acquiert un Pentax, travaille dans un local sous la maison des Agnettes. Son sort est scellé. Il ne se contente pas des cérémonies officielles, des premières pierres, des colonies de vacances. Il se lance dans les grands formats, le montage vidéo, la couleur. Il est seul maître à bord. Quand la mairie crée la dic (Direction de l’information communale), il est prêt pour de grands projets. « Avec le recul, la bouteille, ce qui me plaît, c’est d’être un peu la mémoire défaillante de la ville. Je manipule beaucoup de documents des années 1900-1920 sur la vie quotidienne. Et j’aime faire la même chose aujourd’hui. Il n’y a pas que la reine d’Angleterre, il y a tous les jours. » Didier Comellec photographie les gens, les lieux de Gennevilliers. Des usines Chausson il a tout filmé, depuis le jour de la fermeture jusqu’à la disparition du dernier mur. Mais il photographie aussi des dames qui tricotent, la famille qui vient de prendre la direction d’un nouveau restaurant En 1999 il est passé au numérique, l’ancien réflex est allé rejoindre sa collection (plus de 200 appareils). Il travaille avec un Nikon et un Leica, un « vrai caillou » (un bon objectif , un mauvais, c’est « un cul de bouteille). Il est venu au Théâtre de Gennevilliers pour la première fois avec son lycée : Homme pour homme de Brecht dans la mise en scène de Sobel. Le collaborateur de ce dernier, Jean Dufour, venait « en débattre » dans les classes. Didier a participé à un club théâtre au lycée. Et quand il est devenu photographe municipal, il a demandé à assister aux filages. « Je suis l’un des rares à avoir vu 90% des spectacles qui sont passé au théâtre depuis 1975 ». Et il les a tous photographiés. Un trésor d’archives. |