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Awa, loin de la mère partie

Avec sa copine Dhanoune, Awa a dit au public le formidable poème « A mon frère blanc » de Léopold Sedar Shengor. Ce fut l’un des moments forts du spectacle des élèves de la classe d’accueil du Collège François Truffaut d’Asnières donné une seule fois au Théâtre de Gennevilliers en juin 2008, après des mois de travail avec l’homme de théâtre Nicolas Pomiès qui était aussi leur prof de français. Le public était restreint mais choisi : d’autres classes d’accueil ou pas qui avaient préparé un spectacle, quelques personnes du Théâtre de Gennevilliers dont le directeur et le staff des « rp » (relations publiques).

Ce poème, Awa, sénégalaise comme Senghor, s’en souvient encore, et entre deux sourires, surmontant sa timidité, me le récite d’une voix douce dans un café.

« C’est un beau souvenir. Cela me plaisait car cela parlait de nous. Dans ma classe il y avait des Sri-lankais, des Portugais, des Haïtiens, des Camerounais, des Chinois, des Algériens…» Des noirs et des pas noirs, des gens de couleurs comme le sont les Français qui sont bleus quand ils ont froid, verts quand ils ont peur, qui naissent roses et meurent tout gris comme raconte Senghor dans son poème.

Dans la classe d’accueil, le professeur de français leur avait aussi fait faire un album via un blog. Chacun avait une page où se présenter. « Bonjour je m’appelle Awa et mon surnom est Pamela. J’ai 16 ans. Je suis sénégalaise. Je suis arrivée en France au moi d’Avril (2007) pour rejoindre ma mère qui est venue là quand j’avais 2 ans. Au Sénégal j’ai vécu avec ma grand-mère en croyant qu’elle était ma mère. Il y avait aussi ma sœur Thioro qui avait à peine 5 ans et mon frère jumeau. On vivait en famille avec oncles, tantes, grands parents, cousins et cousines ».

Son père, sa mère ne lui en a jamais parlé. « C’est triste quand même » dit-elle, pudique. Pas facile de vivre avec une mère qu’Awa ne connaît guère et qui a refait sa vie avec un autre homme lequel lui a donné d’autres enfants. Les disputes sont fréquentes. Et se multiplient au fil de l’année scolaire. Le lendemain du spectacle au Théâtre de Gennevilliers, toute la classe d’accueil s’est retrouvée pour une « sortie » à Paris : bateau mouche, le jardin des plantes, la mosquée, foot sous la Tour Eiffel.. Awa n’était pas là.

La veille quand elle est revenue chez elle après le spectacle, cela s’est mal passé. « Elle m’a crié dessus ». Ce n’était pas la première fois mais c’était la fois de trop. « J’ai marché jusqu’à l’aube. De la mairie de Clichy, je suis allée à Pigalle, Barbès, la gare du nord, la gare de l’est. J’étais en galère. J’ai fini par atterrir dans un Mac Do ouvert 24h sur 24. Je suis restée jusqu’à ce qu’il fasse clair. Et là je suis allée voir une cousine qui habite près de la Gare de l’Est dans un hôtel payé par la mairie. Mais elle n’a pas le droit d’héberger quelqu’un. J’ai pris une douche. Je devait rejoindre ceux de ma classe pour la « sortie », mais je n’avais pas la tête à ça » .

Le soir même elle dormait dans un foyer d’accueil d’urgence. Elle y est restée trois mois. Puis elle est passée dans un autre foyer où elle apprend à être autonome. Et, parallèlement, elle est entrée dans un lycée professionnel pour passer un cap de restauration. « J’adore faire la cuisine et j’aime bien manger les plats africains ». Elle aurait peut-être préféré devenir infirmière mais la restauration ne lui déplait pas. Elle rêve aujourd’hui d’être maître d’hôtel. Il lui faudra pour cela pousser plus loin ses études, elle en a la capacité et la volonté, « je suis la première de ma classe » dit-elle avec satisfaction.

Sa grand-mère restée à Dakar lui manque, elle lui téléphone de temps en temps.. Sa mère aussi. « Cela fait dix mois qu’on ne s’est pas vues. Cela me manque. On va se voir la semaine prochaine. On va voir si je vais pouvoir retourner vivre avec elle. J’en ai envie. Peut-être qu’elle va changer ».

Dans son sac à main, un gros livre dépasse. Un livre de Russo qu’une copine lui a recommandé. Son titre : « Je reviens te chercher ». Elle en a déjà lu presque cent pages. Elle aime bien lire mais elle oublie les titres comme elle a oublié le titre du spectacle qu’elle a vu lorsqu’elle est allée avec sa classe d’accueil au Théâtre de Gennevilliers. « Cela m’avait beaucoup plu ». Elle ne savait pas alors qu’elle se retrouverait un jour de l’autre côté de la barrière, sur la scène. « Faire du théâtre c’est dur. Les gens te regardent, on a le trac avant que cela commence. Mais au fur et à mesure qu’on est en scène, cela change. On est plus à l’aise. On se sent bien ».    

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