« Cette année je fais une production mais avec beaucoup de monde. Toute la compagnie bien sûr. Mais aussi des jeunes danseuses de l’école de danse de Gennevilliers. Toujours par curiosité un soir je me rends à l’école de danse. Et une fois de plus je vois des gens. Et une fois de plus j’ai envie d’écrire pour ces gens. Pour Tapita, 14 ans, Sophonie 15 ans, Camille 15 ans, Emilie. J’ai envie que ces jeunes filles nous rejoignent car j’aime leur présence brute. J’aime voir ça sur un plateau : de la présence brute. Mais j’écris également pour le ténor anglais Michael Bennet, rencontré sur l’opéra de Marc Monnet car je veux que ça chante dans Toute la vie. Et puis aussi ce rêve de former un quatuor de très jeunes interprètes issus de l’école nationale de musique de Gennevilliers pour jouer Bach. Dont Bernard Cavanna fait la transcription pour violons, alto et violoncelle.
Quand j’écoute des enfants jouer, c’est leur visage que je regarde. Toute la musique y est. La difficulté de la musique. Sa joie. Il y a encore des territoires où l’on ne dissimule pas. Le visage d’un enfant qui joue Bach en est un. Toute la vie, c’est toute la vie de ce personnage Ah ! - qui ne dissimule pas non plus - que l’on voit naître, grandir, devenir un artiste et mourir. Une vie en deux heures. Une histoire complexe et limpide : la vie d’un homme de sa naissance à sa mort et toute la vie qu’il y a entre. Et cela dans les années 2080. Dans un monde qui ressemble au nôtre sans toutefois lui ressembler tout à fait pour une raison simple : le récit de Toute la vie débute au moment où l’espèce humaine est saisie de vertige face au clonage. Faisant se poser cette fois-ci pour de bon la question : qui sommes-nous ? »
Pascal Rambert, GENNEVILLIERSroman07/08. A paraître le 4 octobre aux éditions des Solitaires Intempestifs | | « Toute la vie, c’est in extenso toute la vie, de Ah ! que l’on voit naître, grandir, devenir un artiste et mourir. On le voit vraiment naître comme ça devant nous là sur le plateau, puis grandir dans sa chambre, répondre à ses parents, ses professeurs, faire l’amour, grandir encore, dessiner, lire, faire du sport, tomber amoureux, se droguer, vouloir se tuer, faire l’amour, voyager, voyager en Amérique, en Afrique, en Asie, devant les pyramides, l’Empire State Building, la Tokyo Tower, enfanter, Darjeeling, Reykjavik, Le Cap, Oolang Bhator, enfanter, Des Moines, Porquerolles, Ischia. Partout, il pose la même question, pourquoi vivre ? (…) Toute la vie, après Paradis, qui posait la question des dramaturgies contemporaines, AFTER/BEFORE, qui montrait comment ces dramaturgies contemporaines s’écrivent, Toute la vie, renoue avec le récit, le texte, l’histoire, mais dans une forme ultra-libre. Où tout est possible, tout simplement. Un peu à la manière du théâtre chinois ou japonais où faire un pas, c’est franchir une rivière. Lever un genoux, c’est commencer à monter dans le ciel. Des danseurs et le ténor Michael Bennett rejoignent les dix performeurs de la compagnie. Tous, dans leur art respectif, parlent ou dansent ou chantent le récit in extenso de Toute la vie. » Pascal Rambert, New York / 9 mai 2006
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