EN SAVOIR PLUS - L'ART DU THÉÂTRE
Création Pascal Rambert
du 21 novembre au 16 décembre 2007

  
       
5. « (...) Je te dis ça, mais on ne sait rien. Ça parle. Mais on n’y connaît rien. Personne. A un moment où à un autre il faut bien le dire. On n’y connaît rien. Les acteurs habituels savent eux. Ils te font tourner tes oreilles de cocker en disant « je sais ». Les acteurs habituels ne savent rien. Les acteurs ne savent rien. Tout chien cocker comme toi le sait. (...) (...) 10. Ah oui tu peux rigoler. Tout chien cocker comme toi connaît la musique. À toi on ne la fait pas. Comme toi tu renifles les roublards. Les acteurs sont roublards. Mais les metteurs en scène sont infiniment plus roublards que les acteurs. Dis-toi bien ça. Les acteurs sont des saints. Ils doivent les malheureux écouter les visions des metteurs en scène à longueur de répétitions. Les acteurs habituels écoutent d’un air pénétré les metteurs en scène exposer leur écoeurante vision de l’oeuvre. Les acteurs habituels font d’un air pénétré oui, ah ah, ah bon, bien, c’est ça, c’est intéressant, je vais essayer, ah tiens je n’avais pas perçu cet aspect-là des choses, ah, oui, c’est passionnant. Les grands acteurs eux se taisent et écoutent les metteurs en scène avec des yeux de poisson mort en espérant qu’ils la bouclent enfin pour commencer à travailler. Les grands acteurs ont besoin de silence pour travailler. Les grands acteurs travaillent dans le silence. Les grands acteurs dans le silence pèsent les mots à l’intérieur d’eux. Tu n’en verras rien à l’oeil nu. Jamais. Tout est dedans. Ils pèsent chaque mot dans la balance de leur souffle. Le souffle est une balance de haute précision qui donne le poids des mots. Sans commentaires. Jamais. Tu respires, ça pèse. Tu colles, tu montes, tu opposes, tu assembles. Dans la respiration. Toujours dans la respiration. À froid. À chaud. Tout chien cocker comme toi tout grand acteur sait ça. La tête non. Le souffle oui. Respirer avec sa tête non. Penser avec son souffle oui. Ça t’inspire quoi ? »

Pascal Rambert, l’Art du théâtre, extrait

Editions Les Solitaires Intempestifs
  
     
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