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<<< GENS DE GENNEVILLIERS II >>> SOUAD, DITES-LE AVEC DES MOTS Quand on pousse la porte du CEMEA de Gennevilliers, la première personne que l’on voit c’est Souad. Elle y est secrétaire d’accueil depuis vingt ans, elle vit à Gennevilliers depuis plus de quarante ans. Ses parents, originaires du sud algérien, étaient arrivés en France en 1962, arrivant de Tunisie. Ils ont trouvé de quoi se loger aux Pâquerettes, un bidonville de Nanterre. Puis la famille est partie pour Gennevilliers en cité de transit. Un long transit. Huit ans. Et enfin, dernier havre, le quartier du Luth de Gennevilliers où Souad vit toujours, où elle a élevé ses deux filles. Le Luth c’est à un bout de Gennevilliers, le quartier des Grésillons, celui du théâtre, à l’autre bout. Mais les locaux du CEMEA sont relativement proches du Théâtre de Gennevilliers. Souad le connaissait, mais… « Avec tout le respect que je dois à Bernard Sobel, le Théâtre de Gennevilliers ce n’était pas pour moi. J’avais vu Du millet pour la Cinquième armée, cela m’avait plu, mais je n’y étais pas retournée. « Pourquoi tu irais au théâtre ma fille, reste à la maison » disait ma mère avec tout le respect que je lui dois. » Alors Souad restait à la maison. Les années ont passé, dans la cité du Luth. Souad Meya a vu grandir ses filles. Elles ont aujourd’hui 21 et 27 ans, la grande est à Toulouse où elle finit une licence d’histoire géographie, l’autre passe un bts en spss (Service Proximité secteur sanitaire et social ). Souad qui vient de passer le cap de la cinquantaine peut souffler. « Aujourd’hui j’ai du temps pour moi, faire des choses que j’aime ». Et ce qu’elle aime, c’est écrire. Elle écrivait tout petite, « comme tous les enfants ». Elle a remis ça avec ses filles quand elles lui ont demandé : « nous sommes Françaises, tu dis que l’on vient du désert, mais d’où tu arrives, toi ? ». Alors Souad a écrit. « Les six enfants sur le bateau, ma mère qui ne voulait pas partir, la tempête… » . Ce n’était pas un conte de fée, c’était le compte rendu d’une vie. Au CEMEA, le directeur a proposé à Souad de dire ses textes aux stagiaires lors d’une de ces journées transversales où tout le monde est réuni. Sylvie Goujon du Théâtre de Gennevilliers était là pour présenter le théâtre. « C’était en juin. Elle m’a parlé des ateliers d’écriture qui allaient se mettre en place à la rentrée, elle m’a proposé d’y participer.» Souad n’a pas dit non. « Si on m’avait dit, aujourd’hui on parle des fleurs ou de la pluie, cela m’aurait gênée. » Mais Pascal Rambert a dit simplement « on écrit ». » Et elle a écrit. « A la deuxième séance, il a dit « cela serait bien le je, le tu, le présent ». » Et elle a parlé d’elle en disant je. « Du pur bonheur ». Au CEMEA, les stagiaires la voient en arrivant tous les matins, et en repartant tous les soirs. Elle est pour eux comme une sœur, une mère, une confidente, sa joie de vivre remonte le moral à plus d’un. Un jour, elle leur a parlé des ateliers d’écriture. C’était plus fort qu’elle. « J’ai offert un crayon à chacun. Je leur ai dit écrivez un mot, une phrase, ce que vous voulez ». Elle a ramassé les copies. L’une commençait par ces mots : « j’écris pour la première fois… » |
