PORTRAIT / PORTRAIT Loin... 06.03 — 13.03.2009 Conception et interprétation : Rachid Ouramdane Musique : Alexandre Meyer Vidéo : Aldo Lee Lumière : Pierre Leblanc Costumes, maquillage : La Bourette Durée : 1h |
 Photo : Patrick Imbert
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Le voyage est souvent l’occasion de se revisiter, le moment pour faire le point sur son identité ou plutôt nos identités. Celles dont on hérite, que l’on porte dans le regard de l’autre et celles qu’on se projette, qu’on tente d’émanciper. Qu’elle soit nationale, économique, ethnique, minoritaire, culturelle, médiatique, sexuelle, psychologique, affective ; le voyage questionne ces strates identitaires qui se reconfigurent lors de tous nos déplacements. Ces différents visages de nous-mêmes ont alors souvent à négocier entre l’héritage d’un passé et une identité qui se construit au présent. C’est lors de ces voyages qu’apparaît le sentiment d’être ETRANGER. Nos différences assumées et notre méconnaissance de l’ailleurs créent le lieu pour que notre regard puisse se repenser. Lors d’un premier voyage au Vietnam et au Cambodge il y a environ deux ans, il m’est apparu une autre façon de creuser ce sentiment d’être étranger. À l’occasion d’une discussion sur les violences des conflits qui ont secoué ces pays je me suis souvenu des pages du carnet militaire de mon père qui avait eu à fouler cette ex-Indochine. Au fur et à mesure de cette discussion, du fait de ma nationalité française je voyais qu’on me donnait la place d’un fils d’ancien colon alors que ce qui liait mon père à cette Indochine était l’héritage d’une autre colonisation, la sienne en Algérie. Une fois de plus lors de cet entretien m’apparaissaient les bouleversements et les traces occasionnés par la violence de conflits armés et auxquels on ne peut échapper quand on réfléchit la figure de l’étranger dans de nombreux endroits du monde. Comment la violence des conflits armés nous rend-elle étranger ? Quelle sensibilité naît de cette violence ? C’est la question qu’abordera ce projet itinérant sur les pas d’un parcours effectué il y a plus de 50 ans. Rachid Ouramdane, mai 2007 Reprenant comme itinéraire, les déplacements militaires de mon père lors de la guerre d’Indochine à Saigon, Haiphong,Hanoï et dans le Nord-Ouest du pays, je suis allé à la rencontre de personnes vivant au Vietnam. Lors de ces entretiens filmés, j’ai tenté de questionner leur mémoire et l’attitude créée par l’héritage des conflits qui ont traversé le Vietnam depuis les années cinquante. Cette mémoire s’est révélée être souvent éloignée de la mémoire officielle aujourd’hui soutenue par le gouvernement vietnamien. Le mutisme des anciennes générations, le déracinement de familles en fuite ou disloquées ont occulté tout un pan de l’histoire des personnes rencontrées. Toutes à leur manière, que ce soit dans la difficulté de parler, dans le souhait d’amnésie, ou à l’inverse dans le besoin exacerbé de faire face à son passé, montrent la nécessité de reconstruire leur propre mémoire et ainsi de repenser la mémoire officielle. Avoir organisé ces rencontres le long d’un parcours dans un pays, à l’époque, colonisé, effectué par un soldat algérien lui-même colonisé, est bien sûr une façon d’établir des parallèles dans des géographies éloignées. C’est pourquoi dans le travail de ce solo à forte dimension autobiographique, je me suis autorisé à pleinement m’identifier à ce que j’entendais. J’ai tenté de construire un espace où ma présence orchestrerait l’ensemble de ces paroles dans lesquelles je me suis reconnu. La recomposition de ces interviews pilotées par mes mouvements sur scène écrira l’histoire d’un individu dont on retiendra la nécessité de reconstruire une mémoire. Utilisant la forme solo comme lieu de résonance de multiples individus, il s’agit de construire un portrait qui nous confronte à la répétition de l’Histoire. Rachid Ouramdane, décembre 2007
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